Conférence du 24/09/13 – « Du capitalisme faisons table rase »

Ce mardi 24 septembre 2013, nous sommes allés à l’ESSEC, à Cergy, pour assister à la conférence intitulée « Du capitalisme faisons table rase », organisée par les étudiants de l’école de commerce dans le cadre des Mardis de l’ESSEC. Les invités (Frédéric Lordon, Christophe Ramaux, Henri Sterdyniak, Frédéric Boccara) font partie de l’association des Economistes Atterrés, un collectif d’économistes et de citoyens qui milite pour sortir des politiques néolibérales européennes, créé le 7 septembre 2010 par la publication d’un Manifeste.

Nous n’avons pas pu arriver en même temps à Cergy – nous nous sommes même égarés à l’arrivée – ; quand nous sommes arrivés, la salle était pleine, nous avons même eu du mal à trouver des places. Ces différents contretemps nous ont empêchés de nous concerter durant la conférence et, ainsi, d’avoir une vue d’ensemble.

La conférence a été introduite de façon humoristique par deux étudiantes, et un système de messagerie instantanée (via Twitter) était installé au-dessus des invités, permettant l’interactivité avec le public. F. Lordon a d’ailleurs émis une critique vis-à-vis de ce système.

Les thèmes abordés par la conférence étaient nombreux : la responsabilité des marchés financiers dans la crise, le modèle néolibéral européen, le rôle de l’Etat dans l’économie, et l’effectivité de la critique formulée par les Atterrés.

 

Le point de départ de la conférence a été de nous montrer scientifiquement que les politiques menées en Europe contre la crise aggravent cette dernière.

Partant du concept de capitalisme, Frédéric Lordon a présenté, dans le cadre de la théorie de la régulation, les différents régimes du capitalisme, en rappelant qu’il y avait plusieurs constantes : le salariat, la monnaie, la marchandise, la propriété. Le capitalisme néolibéral est la dernière forme d’accumulation historique, toujours temporaire. Ce capitalisme est-il en crise ? Cela signifie-t-il la fin du capitalisme ? Quelle forme prendra-t-il plus tard ? Est-il légitime ?

Frédéric Boccara a parlé, quant à lui, de deux traits fondamentaux du capitalisme : « l’argent pour l’argent » et la marchandisation de certains biens (comme le travail). Il faudrait dépasser le capitalisme pour permettre le partage, faire table rase sans véritablement faire table rase du passé.

Henri Sterdyniak a évoqué l’évolution historique du capitalisme néolibéral et la position des Economistes Atterrés : remettre en cause ces politiques néolibérales et le partage inégalitaire de la richesse.

Christophe Ramaux : « On n’assume pas le fait que nous vivons déjà dans des économies mixtes. » Nous avons déjà fait en partie table rase du capitalisme. Pour lui, le secteur privé est nécessaire, mais certains biens doivent être pris en charge par le secteur public. Il rappelle enfin la fonction de l’entreprise (la production de biens et services répondant à des besoins sociaux), et la nécessaire remise en cause du système productif : l’entreprise doit assumer ses responsabilités sociales et environnementales.

Après un coup de gueule de Frédéric Lordon, les Atterrés sont confrontés à une question récurrente : « Quelles réponses apportez-vous, qui êtes plutôt des économistes de chambre ? Le groupe accueille-t-il des économistes d’entreprise ? » L’existence même de ce groupe des Atterrés tente de faire bouger les choses, même si les résultats effectifs se font attendre. Frédéric Boccara rappelle que les Atterrés ont apporté dans le débat public la question de la spécificité de la Banque Centrale Européenne (BCE), en tant qu’objet politique et non seulement économique, et toutes les critiques afférentes. L’économiste donne l’exemple d’Alcatel-Lucent, qui a emprunté auprès de Goldman Sachs, avec une condition de ratios financiers qui, s’ils ne sont pas respectés, donne le droit à la banque de capter les brevets de la firme ; pourquoi la Banque Publique d’Investissement n’a pas prêté à la firme, avec d’autres conditions ?

Christophe Ramaux est revenu sur l’évaluation des politiques publiques et sur l’utilité de la dépense publique (56 % du PIB en France) : le problème, c’est qu’on transforme l’évaluation en instrument de démantèlement de l’intervention publique et d’insécurisation des fonctionnaires par les méthodes de management. Sur les dépenses, l’économiste a réalisé une comparaison des systèmes de santé français et américain. Les dépenses de santé représentent 18 % du PIB américain, seulement 12 % en France. Pourquoi ? Les entreprises hexagonales paient beaucoup de cotisations sociales, les firmes américaines en paient moins… mais paient beaucoup de cotisations privées. La question est donc de savoir quel est le système le plus efficace : la gestion privée entraîne non seulement la distribution de profits, mais aussi des coûts de gestion très élevés, qui représentent 40 % du budget de la santé américaine ; par comparaison, les frais de gestion de la Sécurité sociale française n’en représentent que 5 %. Le recours au marché n’est donc pas pertinent pour la gestion de certains biens et services. Henri Sterdyniak a rappelé que, d’une part, les déficits de la Sécurité sociale sont en partie facteurs de la crise économique, et que, d’autre part, il est légitime que les dépenses de santé augmentent dans des sociétés vieillissantes.

Frédéric Boccara a ensuite tenté de montrer que la monnaie est une véritable question de civilisation : à quoi sert le crédit bancaire ? De son côté, Frédéric Lordon a rappelé la grande transformation actionnariale, financière, qu’a connu le capitalisme dans les années 1980, et l’inefficacité « patentée » de ce régime. L’actionnaire a pris tout pouvoir dans la sphère économique, pouvoir qui a mené à ce constat paradoxal : ce n’est plus l’actionnaire qui apporte des capitaux à l’entreprise, mais l’inverse ! Il faudrait se détacher de ce schème de pensée selon lequel les marchés sont plus efficaces que les pouvoirs publics.

 

Cette conférence nous a permis d’approfondir le thème « Croissance et fluctuations » vu en cours, notamment en apportant des exemples concrets des questions portant sur le capitalisme. Toutefois, l’intitulé de la conférence nous apparaît comme peu pertinent, car elle portait davantage sur le capitalisme actuel, qualifié d’actionnarial, non sur le capitalisme en tant que mode de production global, non plus sur d’autres régimes de capitalisme. 

La vidéo de la conférence : Image de prévisualisation YouTube

 

Ecrit par Mehdi, Camille, Benjamin et Flora ; supervisé par M. Van Der Eecken

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