Conférence du 08/10/13 – « Pour l’égalité entre les hommes et les femmes au travail »

A l’occasion de la sortie d’un numéro hors-série « Hommes-femmes : l’égalité en action », le programme PRESAGE (Programme de Recherche et d’Enseignement des SAvoirs sur le GEnre) s’est associé au mensuel Alternatives Economiques pour l’organisation le 8 octobre 2013 d’un colloque intitulé : « Pour l’égalité entre les hommes et les femmes au travail ». Nous avons pris place dans les locaux de Sciences-Po pour nous intéresser aux inégalités professionnelles. L’introduction, par la journaliste Claire Alet, fut brève et chiffrée : on observe un écart de salaire de 27 % en moyenne entre les hommes et les femmes ; le pourcentage de femmes dans les comités exécutifs des entreprises du CAC 40 est de 8,5 % ; 80 % des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes.

 

Pour débuter, l’économiste Françoise Milewski, co-responsable du programme PRESAGE, a expliqué qu’on constate aujourd’hui une recomposition des inégalités professionnelles. Certaines se sont réduites : les femmes ont davantage accès au marché du travail et à l’enseignement supérieur, tandis que l’écart de taux de chômage, qui existaient depuis les années 1970, a quasiment disparu. Cependant, certaines inégalités persistent (inertie des comportements), comme les inégalités salariales, qui se sont stabilisées dans les années 1990 sans se réduire depuis, comme la persistance d’un plafond de verre (qui gênerait la progression de la carrière féminine et leur accès à des postes de direction), comme la ségrégation des métiers et des secteurs d’activité (distinction entre des métiers dits « d’hommes » et d’autres dits « de femmes »), en lien avec les filières d’enseignement supérieur. Enfin, il est apparu de nouvelles inégalités, notamment en ce qui concerne le développement de la précarité chez les femmes (85 % des familles monoparentales, qui ont beaucoup de difficultés matérielles, ont une femme pour chef de famille) et l’importance du temps partiel dédiée aux femmes, deux tendances qui risquent d’aggraver la situation des femmes avec l’expansion des emplois de services à la personne, le partage toujours inégal des tâches domestiques, l’insuffisance des services publics (petite enfance et dépendance), le développement des familles monoparentales et de la flexibilité. Par exemple, le développement du nombre de femmes cadres entraine le développement des services aux ménages, emplois précaires occupés… par des femmes. Enfin, Françoise Milewski a précisé que les tendances moyennes masquaient des situations qui pouvaient être très différenciées. Nous devons prendre conscience que le problème des inégalités professionnelles est complexe, car elles imbriquent des sphères de vie très diverses, que les politiques publiques doivent prévoir. Nous devons remettre en cause la construction genrée des rôles sociaux. Nous devons enfin nous attaquer aux fondements des inégalités, et non à leurs conséquences, au risque de rester aveugles aux réelles difficultés.

 

Ensuite, nous avons écouté la psychanalyste et psychologue Sylviane Giampino à propos de la question de la vie familiale. Elle nous a expliqué clairement que, en raison de la construction genrée des rôles sociaux (et des qualités de soin, d’écoute, d’attention prêtées aux femmes), ce sont les femmes qui sont attendues pour s’occuper des enfants, tandis que l’homme et le travail forment un « couple » structurant. D’ailleurs, le rapport qu’a la femme à l’argent est particulier : étant donné l’implication de la femme envers sa famille, elle voit en l’argent une source de survie, non seulement pour elle mais aussi pour ses enfants. Les conséquences peuvent être nombreuses : conflits de couple sur le rôle de chaque parent dans la vie de l’enfant, conflits de couple sur le rôle de chaque adulte en tant que pourvoyeur de revenus, ce qui peut entraîner le retrait professionnel de la femme.

 

Un homme (enfin !) a pris la parole pour défendre les hommes ; en tout cas, pour défendre l’égalité professionnelle et mettre en avant les conséquences de la dictature du genre sur les comportements masculins. Le juriste en droit social François Fatoux, directeur de l’Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (ORSE), une association loi 1901, a expliqué que les hommes sont dans des positions généralement dominantes, ce qui fait qu’ils évitent les valeurs féminines de peur d’être humiliés et rejetés par les autres membres (au sein d’une organisation – entreprise, administration). Ils sont souvent en compétition, en concurrence ; ils évitent de montrer leurs sentiments. Comme la santé au travail passe par le droit d’expression et la libération de la parole, les hommes sont victimes de valeurs viriles : ils ne peuvent pas ouvertement avouer leurs faiblesses, leurs doutes, leur fatigue, ce qui les pousse à s’isoler, à se renfermer sur eux-mêmes. On constate par exemple que 75 % des victimes de suicide sont des hommes. Ils sont aussi très touchés par l’alcoolémie (84 % des décès liés directement ou indirectement à l’alcool touchent les hommes). Depuis les années 1970, les entreprises cherchent à impliquer davantage les travailleurs, à exiger d’eux une disponibilité totale, tendance accélérée par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), ce qui peut expliquer l’état de santé déclinant des hommes au travail, mais aussi la part importante des femmes dans les métiers moins qualifiés. Cependant, ce modèle-là (qui est de sacrifier sa vie privée et familiale) n’en vaut pas la chandelle, ce que montre bien le fait qu’une part non négligeable des ouvriers refusaient de devenir cadres.

 

Malgré l’absence de la philosophe et sociologue Dominique Méda, nous avons eu la chance d’écouter la députée PS du Doubs Barbara Romagnan, co-rapporteure de la future loi sur l’égalité hommes-femmes. Elle a d’abord rappelé qu’en dépit des évolutions positives, les inégalités persistent, puis elle a exposé les différents aspects, prévus ou souhaités, de cette future loi :

-          la loi devrait permettre une évaluation systématique ainsi que la publication systématique des données sur les inégalités, ce qui aurait un effet pédagogique certain ;

-          le législateur a une volonté de mieux partager le congé parental : en effet, 96 % des congés parentaux sont pris par des femmes. L’objectif est que les femmes soient moins longtemps en congé pour permettre une meilleure répartition des tâches concernant l’enfant et une meilleure division du congé parental ;

-          le législateur souhaite une mise en place d’une protection de l’emploi des femmes enceintes dans les PME ;

-          la loi devrait mettre en place une meilleure utilisation du compte-épargne temps, qui permet au salarié d’accumuler des droits à congé rémunéré ou de bénéficier d’une rémunération, immédiate ou différée, en contrepartie de congé ou de repos non pris, via l’utilisation de chèques emplois-services, pour permettre une meilleure répartition des temps sociaux entre les sexes ;

-          la loi nécessiterait de réelles condamnations pour être respectée.

 

Enfin, Anne-Cécile Mailfert, porte-parole de l’association Osez le Féminisme !, a livré son opinion en regrettant de parler en dernier (« Beaucoup de choses que j’avais prévues de dire ont déjà été dites ! »). Elle a évoqué le fait que la plupart des femmes qui entrent dans le militantisme aujourd’hui ont pour la plupart entre 20 et 35 ans, la tranche d’âge où chaque femme débute sa vie active. Elle a aussi rappelé les écarts de salaires, la surreprésentation des femmes dans les postes pénibles et/ou les métiers dévalorisés, ainsi que les inégalités de temps de travail. La féministe a enfin développé l’idée que les discriminations dont les femmes sont victimes ont été intériorisées dès la socialisation primaire. En effet, dès la naissance, l’individu est associé à un ensemble de normes, de valeurs, de rôles liés à des stéréotypes de genre (ex : les jouets). La répartition des tâches ménagères restent encore très inégale. Dans le monde du travail, certaines idées reçues persistent (les femmes sont incapables de prendre des décisions, les hommes sont plus costauds, etc.). Le salaire des hommes est de 27 % plus élevé que celui des femmes. Ces inégalités de salaires se reflètent à travers les postes pénibles (avec un écart compris entre 7 et 10 %) ; les métiers sous-valorisés ; sous-payés (avec un écart compris entre 10 et 19 %), enfin les femmes sont plus touchées par le temps partiel.

 

Les cinq intervenants ont ainsi tenté d’embrasser un grand nombre de problématiques, pour exposer un état des savoirs concernant les inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes. Parce que nous avons déjà étudié la plupart de ces faits (socialisation, inégalités, marché du travail), nous n’avons pas appris grand-chose. Par ailleurs, nous nous attendions à l’exposé d’un certain nombre de solutions, qui ont fait défaut, ce qui nous a un peu déçus. 

 

Pour aller plus loin : une épisode de « Bienvenue dans le monde du travail », produit par le syndicat Force Ouvrière : Image de prévisualisation YouTube

Ecrit par Baptiste, Estelle, Capucine, Médéric et Lucie ; supervisé par M. Van Der Eecken

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