Les fusions-acquisitions

Aujourd’hui, nous nous intéresserons aux fusions-acquisitions. Et commençons tout de suite par une vidéo illustrant les effets variés d’une fusion :

 

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Après cette bonne blague, entrons dans le vif du sujet par une définition issue du site d’Alternatives Economiques :

Une fusion est une opération qui consiste à intégrer dans une seule nouvelle société deux sociétés existantes, qui perdent de ce fait leur personnalité morale au profit de la nouvelle entité.

La fusion est l’une des formes de concentration possibles au  sein du système capitaliste : les actions des deux sociétés fusionnées sont échangées contre celles de la nouvelle société qui résulte de la fusion. Une autre modalité possible est celle de l’absorption : une des deux sociétés absorbe l’autre. Dans ce cas, la société absorbante émet de nouvelles actions qui sont remises aux actionnaires de la société absorbée en échange des actions de cette dernière. Cette opération s’effectue fréquemment par OPA (offre publique d’achat).

Qu’il s’agisse de fusion ou d’absorption, la nouvelle société reprend les activités des deux anciennes et, par conséquent, est également tenue de reprendre l’ensemble des contrats de travail qui pouvaient exister au moment de la fusion ou de l’absorption, ainsi que de respecter l’ensemble des conventions ou règles auxquelles les anciennes sociétés avaient souscrit ou étaient astreinte.

 

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Nous continuons avec deux infographies signées Les Echos, la première commentant 12 ans de fusions-acquisitions pour la firme Sanofi (leader dans l’industrie pharmaceutique), la seconde décrivant l’actualité de la reprise des fusions-acquisitions en France dans le domaine des SSII (société de services en ingénierie informatique) :

http://www.dailymotion.com/video/xh2tq6

http://www.dailymotion.com/video/xgzouq

 

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Nous terminons par une mise en perspective historique de ce genre d’opérations de la part de Gérard Vindt (les deux graphiques sont issus du même article) :

Nombre annuel de fusions aux Etats-Unis par milliards de dollars de PIB (dollars 1982) :

Les fusions-acquisitions dans Entreprises fusions-1

Nombre de fusions dans le monde et valeur en milliards d’euros :

fusions-2 dans Industrie

Depuis plus d’un siècle, de grandes vagues de fusions scandent la marche en avant du capitalisme. Les motivations qui poussent à ces fusions sont nombreuses.

La concentration des entreprises a toujours été au coeur de la dynamique du capitalisme. Depuis le début du XXe siècle, on ne compte pas moins de cinq vagues importantes de fusions-acquisitions. De nombreuses motivations poussent en effet les entreprises à fusionner: il peut s’agir de pénétrer de nouveaux marchés, d’accroître ses parts sur un marché existant, de réaliser des économies d’échelle (*) , de limiter la concurrence par les prix, d’accéder à de meilleurs financements, de contrôler l’amont ou l’aval, de diversifier les risques en diversifiant les activités, de se développer sur de nouveaux secteurs porteurs… Sur la dernière période, il s’est souvent agi aussi d’opérations d’abord spéculatives, entraînant de ce fait de nombreux dommages pour l’économie réelle.

Fin du XIXe et 1922-1929, deux vagues américaines

Les deux premières vagues de fusion ont été essentiellement américaines. A la fin du XIXe siècle, le territoire des Etats-Unis est unifié par l’achèvement du réseau ferré et le maillage rapide par le réseau télégraphique. Des entreprises qui sont localement ou régionalement en situation de monopole se retrouvent en concurrence sur un marché devenu national. D’où l’invention d’une nouvelle structure, le trust: les actionnaires de différentes sociétés concurrentes remettent leurs actions à un groupe de dirigeants (le board of trustees) chargé de coordonner les politiques des diverses sociétés dans l’intérêt général. En 1882, John Rockefeller fonde ainsi la Standard Oil of Ohio. General Electric est fondée en 1889, American Tobacco en1890, etc.

La crise économique de 1893 freine le mouvement, ainsi que la mise en place d’une législation antitrust (Sherman Act, 1890). Mais le mouvement reprend à la fin du siècle avec la formation de holdings (*) qui permettent de contourner la loi antitrust: entre 1897 et 1904, 4 227 entreprises fusionnent et se transforment en 275 groupes. Au début du XXe siècle, 318 grandes entreprises contrôlent ainsi 40% des actifs industriels aux Etats-Unis! De nombreuses grandes entreprises d’aujourd’hui sont issues de cette première vague de fusions-acquisitions.

Il s’agissait alors surtout de fusions « horizontales », c’est-à-dire concernant des entreprises faisant le même métier sur des territoires différents en vue d’accroître les économies d’échelle et leur pouvoir de marché (*) . Cette première vague correspond aux débuts d’une production de masseet d’une consommation de masse diversifiées à l’échelle d’un pays-continent dont le marché domestique, en constante expansion, est protégé par de hautes barrières protectionnistes.

La deuxième vague, de 1922 à 1929, correspond à la période de Prosperity. C’est l’essor extraordinaire du transport routier et de la consommation de produits durables (automobile, réfrigérateurs, etc.) et des médias publicitaires (radio). Les fusions sont beaucoup plus diversifiées que lors de la première vague. La législation antitrust permet à des entreprises de taille modeste de venir contester les positions des firmes dominantes en grossissant à leur tour, selon une logique de fusions horizontales. Ainsi Continental Can devient numéro 2 du secteur de l’emballage métallique par l’absorption de 19 entreprises. Les firmes dominantes, elles, s’attachent à contrôler et à mieux coordonner les différents stades de leur filière, en fusionnant surtout dans une logique d’intégration verticale. A partir de 1927, dans un contexte de bulle financière croissante, les fusions à vocation essentiellement spéculatives se multiplient… jusqu’au krach de 1929.

Dans le même temps, les fusions-acquisitions se développent également en Europe, mais à moindre échelle du fait du cloisonnement persistant des marchés nationaux. En France, Pechiney naît ainsi en 1921 de la fusion de deux entreprises complémentaires dans l’aluminium et la chimie de base. Rhône-Poulenc naît également d’une fusion en 1928. Tandis qu’au Royaume-Uni, quatre compagnies chimiques fusionnent en 1926 pour devenir ICI (Imperial Chemical Industries).

1960-70, l’ère des conglomérats

La troisième vague de fusions se déroule dans les années 60 et 70. Elle a un caractère plus international. Les Etats-Unis en restent encore les principaux acteurs, mais les Européens commencent à s’en mêler, stimulés par la création du Marché commun en 1957. Aux Etats-Unis, le durcissement de la législation antitrust en 1950, par l’amendement Celler-Kefauver au Clayton Act, rend désormais quasiment impossibles les concentrations horizontales. La plupart des fusions deviennent alors conglomérales: ITT, spécialiste au départ de la téléphonie, fait des acquisitions dans l’assurance, la pâte à papier, l’hôtellerie, l’équipement automobile; Tenneco (hydrocarbures) fait de même dans l’emballage, le matériel agricole, la chimie, les travaux publics, les assurances, la construction navale.

La structure conglomérale est très prisée par les managers, qui estiment que grâce à la structure divisionnelle, la gestion simultanée de secteurs d’activité très différents est possible. Elle est aussi très prisée en Bourse à cette époque, car jugée facteur de réduction des risques dans la conjoncture instable des années 60 et 70, où les entreprises américaines commencent à ressentir la concurrence européenne et bientôt japonaise dans un monde plus ouvert. Les secteurs les plus concernés sont les secteurs dits « matures », dont la technologie s’est diffusée et qui sont à terme menacés de déclin face à la concurrence: aéronautique, textile, automobile…

En Europe, la libéralisation des échanges, qui commence en 1958, change la donne. Les fusions-acquisitions sont une réponse à la concurrence nouvelle qui se développe à l’échelle de la CEE (Communauté économique européenne). On observe, en France, une politique de constitution de champions nationaux avec l’aide de l’Etat: Usinor-Wendel-Sidelor, Aérospatiale, CGE-Alsthom, Saint-Gobain-Pont-à-Mousson, Pechiney-Ugine-Kulhmann, des opérations de fusions à la fois horizontales et de diversification.

1985-2007 : des fusions mues par la mondialisation

Les deux dernières vagues de fusions s’inscrivent dans le contexte des chocs pétroliers de la fin des années 70, d’une concurrence internationale qui s’intensifie du fait de l’ouverture commerciale croissante et de la déréglementation financière. Ces vagues de fusions seront momentanément stoppées par la guerre du Golfe de 1991, les attentats du 11 septembre 2001 et l’éclatement des bulles financières qui ont ponctué les vingt dernières années. Cette fois, la mode est au recentrage sur un coeur de métier. Dans la chimie, par exemple, les grandes firmes multinationales telles Hoechst, Monsanto ou ICI se débarrassent de leur chimie de base et opèrent des fusions-acquisitions en chimie de spécialités.

Un secteur traditionnel comme l’automobile doit s’adapter en Europe au marché unique et, dans les années 90, à la fin du protectionnisme anti-japonais. Bref, à un marché qui devient progressivement mondial. Volkswagen prend ainsi le contrôle de Seat et de Skoda, Renault de Nissan et Daimler rachète Chrysler. A cette échelle, seuls quelques groupes font le poids: en 1999, les six premiers mondiaux de l’automobile représentent 70% du marché.

Dans les technologies de l’information et de la communication, les bouleversements sont encore plus profonds : fin des monopoles nationaux en Europe, privatisations et innovations techniques incessantes demandent d’importants investissements et mettent en concurrence les anciens et les nouveaux opérateurs. On assiste à un feu d’artifice de fusions-acquisitions dans ce secteur comme Vodafone-Manesmann ou encore France Télécom-Orange. Aux Etats-Unis, le plus grand opérateur, Cisco, crée une structure spécifique pour intégrer les start-up rachetées.

Les stratégies financières

La dernière vague de fusions est cependant dominée bien davantage que les précédentes par des stratégies financières. Les investisseurs visent en premier lieu des plus-values à court terme lors de l’acquisition via la hausse des cours de la cible. Cette logique est notamment entretenue par les banques d’affaires grassement rémunérées au pourcentage sur chacune des fusions qu’elles organisent.

Mais faute souvent de logique industrielle réelle et du fait de l’instabilité excessive que ces opérations à dominante financière occasionnent dans le tissu productif, beaucoup de ces fusions se soldent par des échecs retentissants. Et par un coût social très élevé. Ainsi, par exemple, de la fusion entre le français Alcatel et l’américain Lucent dans le matériel de télécommunications.

* Economies d’échelle : économies réalisées par une entreprise du fait de sa taille, parce que ses différents services peuvent avoir recours à un même service pour telle ou telle tâche ou parce qu’elle peut vendre des produits fabriqués en très grande série.

* Holding : société financière dont les actifs sont des participations dans des sociétés industrielles ou commerciales.

* Pouvoir de marché : capacité d’une entreprise à imposer un prix de vente élevé en raison de son poids sur le marché.

Gérard VINDT (2008), « Les fusions-acquisitions au coeur du capitalisme », Alternatives Economiques hors-série n° 79, décembre.

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