Sortie scolaire : Khaos, les visages humains de la crise grecque

Samedi 20 octobre 2012, nous avons assisté à une projection du film Khaos, Les visages humains de la crise grecque, qui était suivie d’un débat en présence de la réalisatrice et de Michel Savy, économiste au Comité central de la Ligue des droits de l’homme. 

Le billet suivant a été écrit par le professeur de SES M. Van Der Eecken, à partir du matériau que constituent l’ensemble des notes prises par la classe de terminale.

 

 

Sortie scolaire : Khaos, les visages humains de la crise grecque dans Chômage khaos

 

Une enseignante : « They cut off our life ! »

Un pécheur : « Jamais je prendrai ma retraite. Ils ont dit 67 ans, mais l’Etat n’a même pas l’argent pour organiser des élections ! »

Un agriculteur : « Je travaille par habitude, même sans revenu, sinon je serai mort. »

Un pope : « On en revient à la même question : d’où venons-nous, où allons-nous ? »

 

La Grèce : du KO au chaos. Si lointaine, si proche ; exotique, européenne. La dépression paroxystique qui secoue le pays depuis bientôt quatre ans pose des questions qui dépassent les frontières grecques. D’abord, les chiffres : le PIB a baissé de 12,5 % entre 2008 et 2011, passant de 341 à 299 milliards d’euros. La dette publique représentait fin 2011 152 % du PIB. Le chômage est passé de 7,8 % en 2008 à 12,7 % en 2010 pour atteindre presque 25 % en 2012. Près de 30 % de la population est passé en dessous du seuil de pauvreté. La Grèce emprunte aujourd’hui à un taux d’intérêt de plus de 20 %, après avoir frôlé les 35 % début 2012. Les salaires du public ont baissé de 20 à 30 %, les salaires du privé de près de 20 %, les retraites de près de 40 %, le salaire minimum d’un peu plus de 20 %. Les jeunes diplômés émigrent. Le taux de suicide a doublé entre 2008 et 2011. Knock out. Le film Khaos débute justement par les suicides. Sauf que. Le sous-titre du film est éloquent : Les visages humains de la crise grecque. Ici, pas de statistique, ou si peu ; l’ambition du film est ailleurs. Donner une épaisseur humaine à la crise, et surtout résister à sa normalisation. Les drames qui se cachent derrière l’objectivité froide des chiffres sont réels, eux. Subversion sans subvention. C’est pourquoi Ana Dumitrescu a filmé au ras des évènements, dans l’urgence, un point de vue subjectif fait de chair et d’os, au niveau des gens. Des êtres humains qui existent comme une fin en soi, dirait Kant. Des Grecs en état de choc, parfois résignés, souvent révoltés, très solidaires mais peu organisés. « Des repas pour le peuple et par le peuple. » Des résistants pragmatiques à un mal sans visage : la faute à l’Allemagne, aux banksters (mot-valise composé de banquier et de gangster), à la classe politique corrompue, à l’Europe. La Grèce comme un laboratoire de la « stratégie du choc » néolibérale. Pas totalement faux. On sent le besoin de libérer la parole. Des paysages, des couleurs, des monuments merveilleux, côtoient la misère, des maisons inachevées, des cimetières de publicité, des magasins fermés. Partout. Un pays développé devenu en un rien de temps le Tiers-Monde, la Buenos Aires des années 2010. D’ailleurs, la démocratie est mise en sommeil depuis que l’UE, la BCE et le FMI, méprisante « troïka », ont pris en charge le dossier grec, de manière totalement contreproductive d’ailleurs. Voir chiffres ci-dessus. Le contrat social, l’idéal démocratique, la souveraineté populaire est en danger. Car les Grecs n’ont plus de vie, comme cette enseignante dont le salaire est passé en 3 ans de 1500 à 900 euros après 23 ans d’ancienneté. Même plus les moyens d’acheter un livre. L’extrême-droite se développe, et les violences envers les immigrés se multiplient. Des enfants s’évanouissent dans les salles de cours. Les hôpitaux n’ont plus de matériel. Des tabous sont franchis : on craint un dénouement sanglant. Chaos. Le plus frappant, c’est le déficit d’utopie pour imaginer l’avenir. On constate, on subit, on se révolte localement. Mais l’avenir est si incertain, les forces sociales si accablantes, qu’il apparaît impossible d’imaginer un ailleurs politique pérenne et démocratique. Pourtant, la clef est là : imaginer une autre démocratie, un autre capitalisme, une autre Europe. Et dans cette perspective, nous sommes tous Grecs.

Publié dans : Chômage, Crise, Démocratie, Dette, Grèce, Jeunesse |le 8 novembre, 2012 |Pas de Commentaires »

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